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Jardinier·e·s du Nous : cultiver ensemble la coopération
UdN
le 12 octobre 2019
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L’Université du Nous (UdN) incube depuis plusieurs années un projet innovant de communauté d’apprentissage entre pairs auto-organisée, pour apprendre ensemble à cultiver la coopération dans les organisations. 

Passer de la théorie à la pratique

Plutôt que de faire croître ses ressources internes, l’UDN fait le pari de l’autonomisation et de la coopération, en concentrant ses efforts sur le renforcement des capacités de porteuses et porteurs du changement dans les organisations, nommé·e·s les Jardinier·e·s du Nous (JDN). Elle propose à ces Jardinier·e·s de se réunir en Jardin, c’est-à-dire en groupes de pairs, pour passer de la théorie à la pratique. 

Comment accompagner la mise en pratique dans un parcours de formation ? En matière de gouvernance partagée, cet enjeu est d’autant plus difficile que pour pratiquer, pour s’entraîner, il faut un groupe. Dans ces Jardins, les membres vont pouvoir faire ensemble des exercices d’intégration en lien avec des formations qu’ils et elles ont suivies et se servir mutuellement de “cobaye” avant d’amener ces outils dans leurs organisations.

Puis, lorsqu’elles et ils auront commencé à cultiver la coopération dans leurs organisations, ils et elles pourront partager au sein de leur Jardin leurs retours d’expériences, leurs difficultés et leurs réussites. 

Un autre usage de ces Jardins est de construire ensemble des connaissances, en se regroupant par centres d’intérêts ou contextes similaires (mouvements citoyens, collectivités locales, hôpitaux, etc.). Un Jardin Éducation réunit, par exemple, au niveau national des professionnels de l’éducation qui s’intéressent à la gouvernance partagée, soit en tant qu’activité pédagogique, soit en tant que mode de fonctionnement interne aux équipes éducatives. Au sein de ce Jardin, elles et ils partagent leurs expériences et leurs façons d’adapter ces outils à leurs publics. Ils et elles produisent ainsi de nouveaux supports pédagogiques adaptés à leur contexte, diffusés sous licence libres.

En septembre 2018, l’organisation des JDN a vu le jour pour relier tous ces Jardins, mutualiser les ressources humaines, pédagogiques et numériques utiles à leur développement. Début 2019, elle s’est associée à l’UDN et aux Colibris dans la réédition du Mooc “Gouvernance Partagée”, pour accélérer le déploiement de ces Jardins dans tous les territoires et contextes organisationnels. L’objectif était de créer 100 nouveaux Jardins grâce à ce Mooc.

Le Mooc “Gouvernance partagée” : une rampe de lancement

De février à juin 2019, le dispositif d’apprentissage Massive online open course (Mooc) co-produit par l’UDN et Colibris propose un parcours solo de 12 heures pour découvrir la gouvernance partagée. Il s’agit d’une 2e édition, la précédente avait mobilisé en 2017 plus de 13 000 participant·e·s. 

En 2019, l’innovation pédagogique est de proposer un parcours Jardinier·e·s du Mooc. Il s’agit de compléter les apprentissages solo par des activités collectives au sein de groupes de pairs, les Jardins du Mooc. Ce parcours prend entre 10 et 40 heures supplémentaires par rapport au parcours solo et permet d’approfondir le questionnement proposé par le Mooc et la mise en pratique de ses outils.

Une communauté apprenante s’est développée pendant ces 4 mois. Plus de 140 Jardins du Mooc se sont constitués en France, en Belgique, au Québec, aux Antilles ou à la Réunion.

Si la plupart des Jardins se constituent pour suivre ensemble le Mooc, certains se dotent d’une raison d’être particulière : au Québec, un Jardin s’est créé en soutien à une petite entreprise de sirop d’érable. L’enjeu : permettre à l’activité de perdurer en trouvant des modalités de fonctionnement en collectif qui conviennent à la porteuse qui s’essouffle seule dans son projet. À Nantes, un Jardin s’est constitué autour d’un défi : trouver un moyen de relier, d’initier la coopération entre les associations du territoire.

Se relier autour de communs pédagogiques et numériques 

Avec plus de 10 000 personnes inscrites au Mooc, le numérique collaboratif est un gros plus pour relier et animer en réseau une communauté d’acteurs actrices  nombreuses et dispersées partout dans le monde, et issus d’une large variété de contextes (entreprises, collectivités, mouvements citoyens, établissements scolaires, etc.). La plateforme permet aux acteurs et actrices de se retrouver grâce à des cartographies (par zones géographiques ou contextes organisationnels) ou à un agenda participatif des rencontres et événements (75 rencontres locales ont été organisées sur les deux premiers mois du Mooc).

Chaque exercice du Mooc est une invitation à créer des connaissances. En effet, plutôt que de proposer des exercices de validation de connaissances, les exercices invitent chacun·e à se questionner sur une thématique (se réunir autrement, communiquer, décider ensemble, etc.). Des formulaires en ligne leur permettent de partager les résultats de leurs explorations et ainsi de contribuer à la base de connaissances commune. Il s’agit de faire goûter de manière simple et concrète à la facilité et au plaisir de produire ensemble des richesses partagées.

En effet, toutes les vidéos, les supports pédagogiques, les exercices, les kits produits par l’équipe du Mooc et par ses participant·e·s sont sous licence ouverte Creative Commons CC BY SA. Ces ressources sont donc directement réutilisables librement par chacun⋅e dans leurs organisations. Tout ce qui a rendu le Mooc possible fait l’objet, sur la plateforme, d’un appel à participation libre et consciente pour ces 4 mois de formation. Cette expérience est donc aussi une sensibilisation à la culture de la contribution et à la création de communs.

De nouveaux Jardins du Nous

Le dernier chapitre du Mooc « Atterrissage » accompagne les participant·e·s dans la définition de leurs prochains pas pour continuer l’exploration de la gouvernance partagée. Concernant les Jardins, chaque groupe peut co-construire son bilan des apprentissages, le partager avec les autres Jardins sur le wiki et réfléchir à ses prochains pas, comme par exemple :

  • Participer à un rassemblement des Jardinier·e·s fin juillet ;
  • Poursuivre les rencontres et les apprentissages en adhérant à l’organisation JDN qui relie entre eux des Jardins permanents et leur fournit un accès à des ressources pédagogiques et numériques communes ;
  • Réaliser un défi du faire ensemble, c’est-à-dire une action concrète à réaliser en gouvernance partagée dans un laps de temps donné ;
  • Faire appel à des professionnels de l’accompagnement, notamment de la coopérative Hum !, pour de la supervision à distance ou des séminaires de formation en présentiel ;
  • Utiliser les ressources pédagogiques du Mooc pour concevoir son propre parcours d’intégration et de formation dans son organisation…

Les outils numériques expérimentés pendant le Mooc sont utilisés par la suite dans la communauté des JDN, ce qui facilite l’appropriation et les usages.

Un grand jardin commun entretenu et protégé par la communauté

Au plan théorique, depuis les travaux d’Elinor Ostrom sur les ressources gérées comme des communs, on cerne mieux les conditions de réalisation de tels projets. Ces conditions consistent en l’existence d’une culture partagée de la contribution, de processus d’entrée et de sortie, de processus de gestion des conflits, de règles de gouvernance qui incluent toutes les parties prenantes, et de moyens garantissant une autonomie de fonctionnement.

Tous les espoirs sont permis pour que cette culture, ces usages et ce nouveau modèle socio-économique se développent mais rien n’est gagné. Pour emporter cette bataille culturelle, des initiatives plurielles existent en France, telles que la campagne Contributopia de Framasoft, le projet Plateformes en communs de l’association La Coop des communs, ou justement celui des Jardinier·e·s du Nous. Pour autant, ces îlots ont besoin de faire archipel et de prendre de la visibilité dans la société. Quelles sont les conditions concrètes de pérennisation ? Pour pérenniser un dispositif qui relie des Jardins du Nous et leur offre l’usage d’une infrastructure numérique commune, plusieurs ingrédients ont besoin d’être réunis : 

  • Des Jardinier·e·s qui sont autonomes dans le choix et les modalités de leurs apprentissages, de leurs échanges, et qui assurent l’indépendance financière du dispositif par leurs contributions ; 
  • Une plateforme numérique pérenne qui réponde à un double cahier des charges pédagogique et coopératif (un « Grand jardin » partagé) ;
  • Une petite équipe noyau qui anime cette infrastructure coopérative ;
  • Un cadre de gouvernance de l’ensemble du dispositif qui inclut toutes les partie prenantes.

Avec qui co-construire ce bien commun ?

L’Université du Nous a développé sa vision, sa pratique de la gouvernance au gré des séminaires et des accompagnements qu’elle a réalisés durant ces 10 derniers années. D’autres initiatives, d’autres approches complémentaires du faire ensemble et de la pédagogie ont vu le jour et se sont développées en parallèle. Pour permettre l’avènement d’une réelle culture de la coopération, il est essentiel que ces pratiques se rencontrent, se croisent, se fertilisent mutuellement au sein des organisations.

C’est pourquoi cette communauté apprenante des Jardinier·e·s du Nous n’a de sens que si elle rassemble au-delà de l’UDN. L’ambition est de réunir les acteurs et actrices de la formation et de l’accompagnement qui sont prêts à mettre en commun leurs ressources pédagogiques et à soutenir le développement de ces modes de co-apprentissages autonomes. Pour cela, il s’agit donc que ce projet, jusque là incubé administrativement par l’UDN, se dote d’un statut juridique propre, d’un modèle économique pérenne et d’un cadre de gouvernance multi-parties prenantes. C’est tout l’enjeu des prochaines étapes ! Si vous voulez faire partie de l’aventure, écrivez à contact@jardiniersdunous.org.

Pour aller plus loin :

 

Anne Lechêne et Romain Vignes des Jardinier·e·s du Nous – JdN


Gouvernance partagée UdN Article Revu Alternatives non-violentes

Article paru dans la revue Alternatives non-violentes
N° 191 I juin 2019

L’art de partager le pouvoir, Nouvelles gouvernances

http://alternatives-non-violentes.org

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La participation Consciente, une reliance collective, une certaine contribution au monde
UdN
le 5 octobre 2019
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La Participation Consciente, sa définition, ses règles

La Participation Consciente est le prix, le paiement des séminaires « les Ateliers du Nous » que proposent l’Université du Nous depuis bientôt 10 ans. Elle a des règles précises que nous donnons en amont aux participant·e·s :

« C’est la somme en euro que vous donnerez en conscience pour ce que vous avez vécu et en fonction du soutien que vous souhaitez apporter à l’organisation pour son développement. »

  • Elle fait toujours l’objet d’un temps d’explication et de partage en début d’expérience.
  • Elle est obligatoire et en euros.
  • La remise se fait à la fin du séminaire de façon non-anonyme sans justification de la somme donnée.

Elle fait partie du système économique de l’Université du Nous et est proposée aussi par la coopérative HUM ! Elle est un des éléments fondamentaux dans la mise en œuvre de notre raison d’être. 

Participation Consciente et Gouvernance partagée

Vous pouvez mener une démarche en gouvernance partagée sans proposer ce mode de paiement ou de rétribution.

Elle n’est donc pas inhérente à la gouvernance partagée. Elle est amenée par l’Université du Nous, dans son laboratoire d’exploration sur les systèmes de valeur, de croyance, d’émancipation des individus et des organisations.

Elle visite sous un autre prisme le paradigme du pouvoir, de l’engagement et de la co-responsabilité.

Participation Consciente et Reliance collective 

Elle explore aussi la notion de posture. Pour nous, une démarche en gouvernance partagée est bien plus qu’une succession d’outils. Elle est une pratique dans laquelle prendre conscience de qui je suis, de ma manière d’être au monde est fondamentale. 

Nous parlons de Conscience comme un travail d’éveil, de lucidité, comme un engagement sur un chemin de développement, de confiance en moi, en l’autre, en ce qui nous entoure. 

En changeant la règle habituelle, le ou la participant·e est amené·e à décider lui ou elle-même du montant à donner.

De nombreuses questions viennent : Quelle est la valeur de ce qu’elle ou il a reçu ? Quelle participation a t’il-elle envie de donner au-delà du séminaire vécu ? Comment peut-elle ou il soutenir ce mouvement de transformation ? Comment financer ce qu’il ou elle souhaite voir advenir dans notre futur commun ?

L’idée est bien de nous interroger individuellement et collectivement sur notre manière de contribuer au monde.

Quand je contribue, je contribue pour moi, et pour toute·s ceux et celles que je ne connais pas et qui pourront elles et eux aussi expérimenter, se former, aller plus loin, dans cette idée de faire bouger les lignes sociétales. 

Elle permet ainsi une forme de reliance collective, un chemin commun. Des centaines, des milliers de personnes ont et vivront cette expérience d’un faire ensemble autrement.

Pouvoir d’agir et conclusion  

Proposer ce type de paiement pour une organisation et accepter de vivre la participation consciente en tant de participant, c’est peut-être vivre une forme de partenariat, un chemin évolutif commun. Il faut un peu de courage pour les deux parties prenantes. C’est une tentative d’assumer sa souveraineté, son propre pouvoir d’action, et d’agissement. 

Tout comme la gouvernance partagée nous propose de sauter d’une montagne à l’autre en acceptant l’inconnu, le vide, le non contrôle…pour trouver une autre voie possible…

Lydia Pizzoglio, co-fondatrice de l’Université du nous 

Quelques références

Sites
Livre 

L’esprit du don, de Jacques T.G, éditions La découverte 


Gouvernance partagée UdN Article Revu Alternatives non-violentes

Article paru dans la revue Alternatives non-violentes
N° 191 I juin 2019

L’art de partager le pouvoir, Nouvelles gouvernances

http://alternatives-non-violentes.org

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La gouvernance partagée, un nouveau récit pour une autre aventure
UdN
le 28 septembre 2019
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Pousser par sa peur de disparaitre et de faire face à sa contrainte existentielle de finitude, l’humain cherche à contrôler et dominer son environnement, les autres, et lui-même. Il en résulte un monde dit « moderne » bâti sur le modèle impérialiste qui prend en partie ses racines dans le patriarcat. Cette forme nourrit une relation duelle entre dominants et dominés. 

Ce modèle a engendré des organisations centralisées, pyramidales et hiérarchiques. Elles sont devenues des architectures mécaniques, parfois invisibles qui sculptent le monde en l’épuisant. Elles, densifiées en de minuscules endroits les richesses produites, assèchent la diversité. Elles créent des systèmes déresponsabilisant, culpabilisants, parfois violents, pour certains et une façon démesurée de valoriser l’égo pour d’autres. C’est un modèle construit sur la peur.

La gouvernance partagée pourrait être un début de proposition pour sortir de l’emprise et de l’impasse dans lesquelles ce modèle nous a piégés.

Derrière l’appellation « gouvernance partagée », nous tentons l’émergence d’une nouvelle façon d’appréhender le monde pour raconter un nouveau récit inspirant, basé lui, sur la confiance. Ce désir d’un nouveau « faire ensemble » émerge du besoin vital de faire face aux enjeux civilisationnels et environnementaux auxquels nous sommes confrontés.

En cela, La gouvernance partagée est une démarche, une aspiration à des changements de paradigmes forts. Partant du principe qu’une gouvernance est la forme plus ou moins complexe qui structure et régit le fonctionnement organisationnel, social et relationnel des individus qui constituent un système, la gouvernance partagée, sans chercher à s’imposer comme un modèle, pose quelques grands principes de fond.

Sortir des rapports dominants-dominés

Le perpétuel combat entre les dirigeant·e·s, les manageur·se·s et leurs « N-1 », entre l’état et ses citoyen·ne·s, les hiérarchies de classe, entre les hommes et les femmes, s’exprime par un pouvoir Sur les individus au détriment d’un pouvoir De permettre aux individus. C’est une réalité largement pratiquée dans les organisations classiques, qu’elles soient des entreprises, associations, institutions ou même au sein de nos groupes citoyens et familiaux. Certes c’est une vision un peu caricaturale, mais les conditionnements sont profonds, enracinés dans l’éducation et sont devenus des éléments culturels bien ancrés dans nos inconscients. Certains de ces rapports de dominations sont bel et bien entretenus par les fondements mêmes du système qui les a engendrés. Mais il est aussi utile d’accepter et de regarder que dans ce type de relation il y a des postures dans lesquelles chacun·e peut aussi avoir une part de responsabilité à son maintien.

La gouvernance partagée construit un rapport d’équivalence au pouvoir entre les individus en ouvrant des espaces où le pouvoir d’agir reprend sa place afin de s’extraire de sa position de victime ou de persécuteur. Le pouvoir est une face d’une pièce, dont l’autre est la responsabilité. 

Une gouvernance en trois dimensions

Le fantasme du tout horizontal qui est une façon de faire opposition au tout vertical du modèle dominant peut induire une forme d’égalité dogmatique où tout devrait être décidé par tous. Le tout horizontal devient alors un dictat qui réinstalle en polarité les écueils du tout vertical. On remplace l’autoritarisme d’une personne par l’autoritarisme du groupe, c’est-à-dire que rien ne peut se faire sans son accord.

La dimension verticale en gouvernance partagée est assumée, souhaitée et entretenue. L’objectif est d’offrir le maximum d’autonomie aux personnes, de passer du contrôle a priori au contrôle a posteriori. Chaque rôle, chaque cercle est vu comme une entité autonome et souveraine, reliée aux autres par une même raison d’être et un fonctionnement commun. Cette « saine verticalité » peut rendre à l’individu sa capacité à exprimer sa souveraineté, sa créativité singulière, sa différence, son talent.

L’horizontalité reste indispensable pour assurer et veiller à perpétuer un rapport d’équivalence au pouvoir. Dans un même cercle, un même organe de l’organisation, les individus sont cadrés par des processus permettant de construire cette équivalence. De la même façon, des règles claires permettent également à chaque organe de garder son autonomie afin de ne pas pouvoir être dominé par un étage supérieur.

Dans une gouvernance partagée il n’y a pas de manager ni de managés, les fonctions de management nécessaires au bon fonctionnement de l’organisation sont exercées collectivement par le biais des processus et des règles de fonctionnement : priorisation des actions, définition des rôles, des cercles et de leurs périmètres….

La dimension de la profondeur est cet espace sensible que nos organisations classiques ont mis de côté, voir considéré comme tabou dans la sphère professionnelle. Comment l’organisation peut m’accueillir pleinement dans ce que je suis, dans toutes mes dimensions ? Intuitives et rationnelles, émotionnelles et objectives, lumineuses et ombragées, puissantes et vulnérables. Les processus utilisés, les rituels mis en place, les espaces de paroles, un sens poétique et esthétique retrouvé, crée les conditions d’une culture collective de l’accueil bienveillant qui m’invite à l’authenticité. Elle purge le clivage entre notre esprit, notre corps et notre cœur. Elle relie nos besoins matériels et nos aspirations de sens, de transcendance. Cette dimension ne veut pas dire que l’organisation est en charge de nourrir cette partie de ma vie, mais elle le permet, le valorise.

Enfin, changer la culture du conflit stigmatisé comme négatif vers une vision du conflit fécond, qui quand il est accueilli et géré est source de croissance nous ouvre les portes vers la maturité du groupe et donc son efficience.

Le chemin autant que le résultat

Ces nouvelles formes d’organisations proposent une vision du changement qui n’est pas seulement celui d’un modèle fonctionnel, efficient, efficace, régi par des processus pertinents qui construiraient et assureraient le résultat. Nous cherchons à ouvrir l’organisation à ce qui est aussi dans sa nature profonde, son côté yin, à retrouver son intelligence émotionnelle, son sensible. C’est sortir du paradigme du tout yang où l’organisation ne peut être que forte et compétitive pour exister et se développer. Alors nous excluons l’autre face d’un organisme vivant, sa fragilité. C’est aussi dans mes fragilités que je trouve les ressorts pour grandir, pour changer, pour me développer.

Le tout résultat est un déséquilibre. Prendre soin du chemin est une façon d’entrevoir le résultat par l’équilibre.

Une raison d’être évolutionnaire

Dans une gouvernance partagée, les rôles de l’organisation se mettent au service d’une raison d’être, c’est-à-dire qu’ils cherchent en permanence à aligner leurs stratégies, leurs actions, leurs façons de faire sur la raison d’être du cercle et plus globalement de l’organisation.  Cette raison d’être n’est ni la vision des fondateur·rice·s, ni même une vision partagée définie en amont. Une raison d’être se révèle sur le chemin de vie de l’organisation, en étant à l’écoute de son environnement : à quel besoin unique cet organisme vivant est appelé à répondre ? Qu’est-ce qui manquerait au monde si cette organisation n’existait pas ? Vers quoi est-elle amenée à évoluer ? Il s’agit de passer d’un paradigme du prévoir et contrôler, à un paradigme du ressentir et ajuster, et cela à tous les niveaux de l’organisation (structures de gouvernance, stratégies, budget, RH, politiques de rémunérations…)

Notre système est fait d’organisations, familiales, associatives, économiques, institutionnelles, politiques… Les changer en profondeur peut être un levier puissant pour transformer nos sociétés. Si nous interagissons et produisons radicalement autrement, peut être produirions nous autre chose, vers d’autres objectifs ?

La Gouvernance partagée n’est pas La solution, ni un modèle qu’il suffirait d’appliquer pour nous sauver ! Elle pose des questions qui se situent à l’intersection des sciences sociales, psychologiques, politiques, philosophiques, d’éducation et de la dimension spirituelle de notre existence et du monde. Mais peut être que dans l’idée de construire des relations d’une autre nature elle nous invite à réinterroger en profondeur notre relation au pouvoir, à l’autorité, au cadre et à l’émancipation de notre pensée conditionnée. 

Remettre au centre le pouvoir c’est revisiter l’ensemble de notre façon de penser la société. C’est peut-être en cela et uniquement en cela que la démarche en vaut la peine.

Rentrer dans cette démarche demande à ceux et celles qui détiennent le pouvoir, à ceux et celles qui le subissent, un engagement personnel fort et courageux. C’est peut-être la nouvelle aventure entrepreneuriale du XXIe siècle.

Laurent van Ditzhuyzen


Gouvernance partagée UdN Article Revu Alternatives non-violentes

Article paru dans la revue Alternatives non-violentes
N° 191 I juin 2019

L’art de partager le pouvoir, Nouvelles gouvernances

http://alternatives-non-violentes.org

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UdN, Hum ! et JdN (ré)unies en Archipel !
UdN
le 19 septembre 2019
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seminaire Archipel UdN 2019.2

Un séminaire de rentrée chez l’UdN, c’est toujours une expérience de co-création et de transformation. Cette année encore et cette fois-ci avec notre écosystème !

Les 9, 10 et 11 septembre dernier, les organismes-projets UdN, Hum ! et JdN se sont (ré)unis pour poursuivre leur exploration coopérative. Ces trois jours ont permis de nous rencontrer pour mieux nous (re)connaître et nous comprendre dans nos intentions, objectifs et visions. 

En intelligence collective, en écoute, le coeur ouvert, nous avons pris le temps de créer notre Nous et de réajuster ce qui était nécessaire pour ensuite imaginer la suite, dans une interdépendance que nous souhaitons féconde pour nous et inspirante pour le monde.

Ce séminaire fut, à nouveau, un espace d’innovation, un espace dans lequel a pris forme, ce que nous nommons aujourd’hui, l’Archipel UdN.

 

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