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Conscientiser le corps, sa verticalité et sa présence pour coopérer
UdN
le 23 mars 2020
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Du théâtre à l’atelier sensoriel, de l’art de la représentation à la recherche d’un art de la présence 

Comment vous ressentez-vous debout ? Dans mon travail avec l’UDN/HUM ! c’est souvent par cette question que j’ouvre un atelier sensoriel. J’invite les participant·e·s à prendre le temps d’habiter leur corps pour ainsi, par celui-ci, s’immerger dans le moment présent. 

Ces trois dernières années, je me pose moi aussi cette question régulièrement. Sur un quai de gare, à un arrêt de bus, chaque fois que debout, j’attends. J’aime avoir cette conversation avec mon corps, lui prendre le pouls, ressentir combien il est actif dans son immobilité trompeuse pour enfin le remercier d’être généreux et fidèle au poste. 

Je viens du monde du théâtre, de la représentation. J’y ai appris à bouger mon corps et moduler ma voix pour le regard des autres. Mais dans ce travail d’actrice, me ressentir debout, n’a pas fait partie de ma pratique. Sans doute estimais-je cette intériorité trop ésotérique, sans l’assurance d’un résultat rapidement performant. Sur scène, il faut être efficace parce qu’il faut être vue.

Mais depuis peu, prenant le temps de me ressentir debout, je me découvre sous un autre angle. Mon corps est ma seule porte d’entrée au monde sensible, il me permet d’y être pleinement présente. Et cette présence s’est révélée être autre chose qu’une présence scénique.

Coopérer avec nos sensations dans le moment présent

L’année dernière, j’assistais à une conférence théâtralisée donnée par le philosophe Bruno Latour. Selon lui, nous nous comportons dans notre environnement comme des hôtes exigeant·e·s. Changer cette position hégémonique appelle à changer de paradigme. De l’idée de vivre sur terre nous devons passer à l’expérience de vivre dans le monde. Nous vivons dans notre environnement en interdépendance avec lui. C’est ainsi que nous pourrons conscientiser le fait que nous faisons partie d’un tout dont les éléments interagissent constamment.

Pour moi, l’expérience de vivre dans le monde passe d’abord par l’expérience d’être présente dans mon corps, de l’habiter. Et, plus je me découvre sous cet angle, plus je fais l’expérience que mon corps a une faculté fondamentale : on pourrait dire qu’il coopère avec l’environnement. Dans sa verticalité, dans l’acte de se tenir debout, notre corps travaille intimement avec la gravité. Il s’ajuste, se tend ici, se relâche là dans un dialogue subtil pour s’élever verticalement tout en gardant à travers nos pieds contact avec le sol. Par la respiration, il permet le flux entre dehors et dedans ce qui fait de nous des êtres en constante interaction avec l’extérieur. Afin de percevoir le monde, nos sens coopèrent entre eux pour recueillir les informations spatio-temporelles qui nous sont nécessaires pour nous mouvoir. Enfin, plus que la pensée – qui se situe dans le passé ou dans l’avenir – le corps vit dans l’ici et maintenant en contact avec le monde vivant. Cela ne veut pas dire qu’il ne porte pas de traces du passé. Il a acquis des réflexes dans sa façon d’apprendre ou d’appréhender l’espace et la gravité. Ces conditionnements nous ont été inculqués pendant la petite enfance, par la façon dont nous avons été porté·e, choyé·e, soigné·e. Le corps a bel et bien une mémoire. Une mémoire qui semblerait-elle est ancestrale puisque intergénérationnelle. Mais chargé de cette mémoire, malgré ou peut-être grâce à elle, le corps sait ‘’ s’asseoir ’’ dans le moment présent. 

Pour moi, il y a un lien certain entre le corps habité et notre présence au monde. Corps et environnement se rejoignent dans l’ici et maintenant. Ils concourent, coopèrent à une oeuvre commune qui est celle de transporter la vie. 

Le partage de sensations comme première base d’une posture de coopération. 

Les ateliers sensoriels proposés par l’UDN/HUM ! veulent explorer par le corps le ‘Faire Ensemble’ et les postures de coopération. Au début de chaque atelier sensoriel proposé au sein des différents séminaires (Choeur et Héros, manipulation marionnette ou papier, voyage dansé, le cercle d’orchestre….) j’essaye de guider le groupe dans cet art d’être présent. J’encourage les participant·e·s à se connecter aux sensations de leur corps afin éviter qu’ils et elles ne se réfèrent trop vite à leurs constructions mentales, à leurs jugements et à leurs préjugés. Pour cela, je pose et fais des propositions très orientées sur leur physiologie : la façon dont elles et ils ressentent leur respiration, certains organes, leur squelette, leurs articulations, le poids et le volume des parties de leur corps.   

Les espaces sensoriels ont aussi d’autres particularités. Ils sont dispensés de contraintes de résultat à atteindre. Ce sont des espaces où le temps ralentit et se dilate, permettant aux participant·e·s de cultiver une attention particulière à leur corps et à leurs sensations. Les émotions qui en découlent prennent souvent source dans le ressenti du corps immobile ou en mouvement. Ces espaces permettent aussi une immersion dans le monde vivant qui favorise une expérience contemplative et par ce biais esthétique – esthétique non au sens du beau mais au sens de l’expérience reliée au sensible. En ce sens, ils aident à une transformation qualitative du vécu.

Dans les moments de restitution, le partage des expériences vécues met en lumière la diversité, la pluriformité ainsi que la polarité des points de vue.  En évitant le plus possible de se juger et de juger les autres ces partages encouragent un processus d’individualisation ou chacun·e peut exprimer son expérience singulière en y étant respecté·e tout en respectant celle des autres. Là se posent les premières bases d’une posture de coopération. 

Apprendre à Faire Ensemble debout et humblement 

Aujourd’hui, j’ai moins besoin d’être vue. Je ne cultive plus ma présence scénique. Je vise plutôt à une présence connectée aux autres et au monde qui m’entoure. Néanmoins, ma verticalité me confronte encore au fait que j’ai toujours beaucoup à apprendre pour cultiver cet art d’être debout tout en restant humble. Les êtres humains sont les seuls sur terre à vivre debout. C’est peut- être en partie à cause de cette position singulière et unique que nous avons perdu notre humilité dans notre relation au monde vivant. La verticalité est une position challenge. Probablement l’un de nos plus grands challenges pour les décennies à venir.

Martine van Ditzhuyzen I Animatrice  Sens’art UDN/HUM !

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